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Communiqué16 septembre 2026

Le collectif RÉAGIS dénonce un harcèlement de familles dans l’espace public

RÉAGIS

Le collectif RÉAGIS dénonce un harcèlement de familles dans l’espace public

Le collectif RÉAGIS, composé de plus de 20 associations concernées par la grande précarité et le mal-logement à Genève, s’est constitué en juin dernier à la suite du constat alarmant des structures de terrain d’un nombre croissant, et largement sous-estimé, de personnes en situation de grande précarité et de la dégradation préoccupante de leurs conditions de vie. Bien qu’une base légale existe depuis plusieurs années (la Loi sur l'aide aux personnes sans abri - LAPSA) et que 500 places d’hébergement d’urgence soient assurées sur le territoire, ces places sont insuffisantes, comme l’atteste le nombre de demandes quotidiennement refusées ou qui n'aboutissent pas auprès de la Centrale téléphonique gérée par la Ville de Genève.

Au-delà de la saturation des dispositifs d'accueil, l’adéquation des lieux d’accueil par rapport aux nombreux profils des personnes sans-abri est insuffisante. Les situations de grande précarité recouvrent une diversité de réalités et de vulnérabilités : familles avec enfants, monoparentales, couples, jeunes en rupture, personnes vieillissantes, personnes souffrant de troubles psychiques, etc. Les solutions proposées doivent être adaptées à cette diversité, au risque d’exclure des groupes entiers des structures d’accueil, contraignant par exemple des personnes âgées ou des familles et des jeunes enfants à dormir dans l’espace public.

Dans le contexte actuel d’insuffisance des dispositifs face à l’augmentation des besoins, RÉAGIS dénonce les interventions policières agressives constatées depuis fin août à l’encontre de familles installées dans l’espace public, et notamment ces dernières semaines à proximité de la Maison de quartier de Saint-Jean, les injonctions au départ ainsi que la confiscation de leurs affaires par la Voirie.


Brève histoire d’un harcèlement policier contre des familles sans abri[1]

Sur les voies couvertes de St-Jean, durant la semaine du 24 au 30 août, la police municipale est passée deux fois vers 22h, puis une troisième fois accompagnée de la police cantonale, avec l’objectif d’interdire aux familles sans domicile dormant là l’utilisation des toilettes publiques. Ils se seraient même permis de leur dire « qu’ils feraient mieux de partir en Roumanie ».

De son côté, la voirie est passée deux fois les 25 et 27 août, la seconde fois en emportant des sacs appartenant à la famille, remplis de vêtements.

Le dimanche 30 août au soir, des personnes leur ont jeté des pétards, générant de la peur.

Vendredi 4 septembre, à 5h du matin, trois policiers et une policière municipale·aux ont intimé l’ordre aux familles de partir sur-le-champ : « vous avez 5 minutes pour dégager ».

Mardi 8 septembre, à 5h du matin, les mêmes policier·ère·s sont revenus, exigeant leur départ. L’une des membres a reçu une amende pour avoir demandé à pouvoir rester une heure de plus. Les enfants pleuraient, fatigués des réveils intempestifs et du stress latent. Les deux enfants sont scolarisés dans l’école du quartier et n’en peuvent plus de cette situation.

Mercredi 9 septembre, à 5h du matin à nouveau, sous la pluie conséquente, le groupe a reçu une nouvelle fois l’ordre de quitter les lieux.


Dans un tel contexte, la confiscation des matelas et des affaires des familles paraît relever d’une forme de violence inacceptable : l’objectif est-il de forcer les personnes, enfants compris, à dormir à même le sol ? Car priver les personnes sans-abri de leurs affaires porte atteinte à leur dignité et ne relève en rien d’une solution. S’installer dans un lieu suit une logique pertinente : s’approcher d’un point d’eau, être un minimum abrité·e, dormir à proximité du lieu de scolarisation des enfants, etc. Saisir leurs biens ne faisant qu’accroître la dégradation de leurs conditions de vie et augmenter leur vulnérabilité.

RÉAGIS rappelle également le préjudice porté par les autorités lorsqu’elles véhiculent des discours porteurs de généralité erronées à l’encontre des personnes roms, parlant de « réseaux organisés »[2], ce qui conduit à un climat d’hostilité et à des commentaires haineux qui se traduisent depuis les réseaux sociaux en actes agressifs réels à l’encontre de la communauté rom dans son ensemble. En outre, stigmatiser une communauté en véhiculant un discours de soupçon et de culpabilisation va à rebours du principe d’inconditionnalité garanti par la LAPSA (qui doit « garantir à toutes personnes sans-abri la couverture de ses besoins vitaux »), par la norme pénale fédérale contre la discrimination et l’incitation à la haine, à l’art. 15 Cst. genevoise et la Loi générale sur l’égalité et la lutte contre les discriminations (rsGE A 2 90).

Le collectif RÉAGIS réaffirme que des solutions urgentes doivent être trouvées par les autorités pour répondre au phénomène du sans-abrisme, qui est la conséquence sociale d’un système profondément inégalitaire, dans lequel la pauvreté est une réalité qui affecte une part croissante de la population et rappelle ses revendications en demandant une véritable prise en charge adaptée et suffisante de toutes les personnes sans-abri afin :  

-     d’augmenter le nombre de places d'hébergement d'urgence pour garantir une mise à l'abri effective pour toute personne dans le besoin.

-      de renforcer l'offre de prestations de base, en particulier dans les domaines de l'hygiène (douches, lessives), de l'alimentation et de la santé.

-      de renforcer l'offre d'accueil de jour pour les familles et les enfants.

-    de développer, en concertation avec l'ensemble des parties prenantes, des parcours de prise en charge construits à partir des vulnérabilités et des profils spécifiques des personnes concernées.

Enfin, RÉAGIS demande aux autorités concernées, en attendant une solution adéquate de logement, la mise à disposition de casiers permettant aux personnes sans-abri de garder leurs affaires en sécurité et la fin du harcèlement policier à l’encontre de familles obligées de dormir dans l’espace public.


[1] Davantage d’informations sont à disposition sur le site de l’association mesemrom : https://mesemrom.org/

[2] Léman Bleu, «Mendicité à Genève: Marie Barbey-Chappuis dénonce une situation «hors de contrôle», 19.08.2026.